Cher Philippe…

Philippe, tu as brisé mon coeur
par Catherine B.

Salut Philippe,

Je sais je suis un peu effrontée de ne pas te vouvoyer. Ne t’en fais pas, j’ai été bien élevée, ma mère m’a appris à vouvoyer les gens que je respecte. Mais là, mon respect, tu l’as perdu. Philippe, ce matin, tu as brisé mon cœur. Ça fait maintenant 2 ans que tu es notre chef. C’est comme ça qu’on t’appelle à la maison, pour vulgariser la politique aux enfants. Ton premier jour de mandat, c’était le jour de ma fête. Bien, tu n’as pas été un super cadeau. J’étais bien prête à te laisse une chance. Je trouvais que tu avais une bonne bouille. Visiblement, je me suis trompée.

Tu avais déjà brisé mon petit cochon, ça, c’est réglé. Parce que comme plusieurs cette année, on va devoir prendre des vacances plus modestes pour compenser les frais de garde. On fait partie des chanceux qui vont tout de même avoir du pain sur la table, et même du beurre. C’est dans le fun qu’on doit couper, tsé le fun pour lequel on travaille fort et on envoie nos enfants en CPE. Ça fait du sens, il me semble.

Je t’entends déjà me dire que les CPE coûtent cher. Je suis d’accord, je suis même d’accord avec le fait qu’on peut améliorer des choses. Mais je suis convaincue qu’on pourrait s’y prendre autrement. Je suis pas mal certaine que l’augmentation des frais et le manque d’accessibilité vont remettre en question la production de plusieurs futurs petits payeurs de taxes. Et je ne voudrais surtout pas qu’on oublie que l’augmentation des tarifs va au remboursement de la dette publique, pas au réseau des CPE.

Moi, dans la vie, je suis une fille chanceuse : j’ai eu une place dans un CPE exactement au moment où j’en avais besoin. Mais pas n’importe quel CPE, THE CPE. Tu sais, celui où tout le monde veut aller. Les éducatrices, je les aime d’amour. Les gens en cuisine font des miracles avec les moyens qu’ils ont. Souvent, je souhaite rester diner tellement ça sent bon. Et le personnel administratif est toujours souriant et accueillant. Toujours là pour divertir la plus grande pendant que j’essaie de zipper le manteau de la deuxième. Toujours là pour donner un post-it aux enfants qui débarquent en trombe dans leurs bureaux. Tu devrais voir leurs yeux brillants quand elles reviennent à la maison avec l’étampe du CPE sur leur bout de papier jaune.

Mais là, je m’éloigne du sujet. Je disais que ce matin, tu as brisé mon cœur, Philippe. Pas directement, mais en brisant celui de ma grande fille. Pour la première fois, ce matin, tes multiples coupures ont un nom. Chez nous, c’est Stephen et Christina. Parce que ce matin, on a appris qu’il n’y avait pas un, mais deux postes de coupés à l’administration du CPE.

Philippe1

Stephen, c’était lui qui m’aidait à mettre les mitaines de ma terrible two. Parce que toi Philippe, est-ce que tu as déjà essayé d’habiller 3 enfants quand ils sont survoltés la veille d’une tempête de neige? C’est aussi lui qui se faisait un défi de faire sourire mon bébé de 5 mois pendant que je me battais avec une fermeture éclair et qu’elle s’impatientait. C’est lui qui laissait ma grande jouer avec sa calculatrice pour avoir le papier avec les chiffres. Pis le papier, elle ne l’a pas lâché pendant 3 jours. Stephen, c’est lui qui arrivait plus tôt le matin et qui prenait son temps pour aller jaser avec les enfants dans la cour. Il était tellement content de me raconter leurs conversations. L’été dernier, il a pris 3 semaines de vacances; à son retour ma grande l’a suivi toute la journée au lieu de jouer avec ses amies, parce qu’elle s’était ennuyé.

Est-ce que c’est toi, Philippe, qui va aller annoncer à ma grande que son Stephen ne sera plus à la garderie, jamais? Et comment je lui explique que c’est parce que la garderie n’a plus assez de sous? Qu’est-ce que je vais lui répondre quand elle va me demander s’il va aller dans une autre garderie? Parce qu’en fait, je n’en ai aucune idée. Qui va lui faire un câlin lorsqu’elle va entrer dans un bureau vide?

Le câlin, ça ne fait peut-être pas partie de sa description de tâche, mais ça aide à bâtir des enfants solides. Chez nous, mes enfants ont tous les câlins dont ils ont besoin, et même un peu plus. Mais ce n’est pas le cas de tous les enfants qui fréquentent le CPE. Notre clientèle est assez inégale, de parents médecins aux cas de DPJ. Et quand le câlin de Stephen, c’est le seul qu’un enfant reçoit dans sa journée, il devient un câlin important. J’ai déjà lu que c’est plus facile de bâtir un enfant solide que de réparer un adulte brisé. Et ça se fait à coup de câlin. Et toi qui aime les chiffres, j’ai un petit tuyau, ça coute aussi moins socialement.

Je salue le courage de la directrice et de la directrice adjointe qui ont pris la décision de laisser aller 2 piliers de la garderie pour s’en mettre plus sur leurs épaules. Parce que l’important, c’est que les enfants ne doivent pas être impactés. L’important, c’était de garder toutes les aides-éducatrices. Toi Philippe, est-ce que tu as ce courage-là, de couper là où ça te fait mal?

Pour tous les Stephen du Québec, je vous invite à aller signer la pétition de L’Association québécoise des CPE en cliquant ici (même si la date limite indiquait le 24 février 2016). Car mieux vaut tard que jamais… 😉

Crédit photo : http://www.journalscientifique.com/sante/cause-de-la-mort-coeur-brise

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