Maladie, décès…

Par Marie-Christine Jalbert

Comment aborder ces sujets délicats avec son enfant?

L’année 2017 a débuté, chez nous, sur une fausse note. Le 3 janvier dernier, la grand-mère de mon conjoint est décédée des suites du cancer. Elle luttait contre cette maladie depuis plusieurs mois déjà.

Nous n’avons jamais caché la vérité à nos enfants, simplement parce que nous ne trouvions pas d’autre façon de nous exprimer clairement qu’en disant les vrais mots, ceux qui peuvent faire mal. Pourquoi passer par quatre chemins? Je sais bien que les enfants n’ont pas la bonne (ou la même) compréhension que les adultes et qu’ils ne déchiffraient probablement pas entièrement nos propos, mais nous, ça nous libérait et de leur côté, ils savaient que quelque chose clochait. On était tous servis. La maladie, c’est si complexe…

En 2013, alors que mes filles étaient âgées de 2 et 3 ans, j’ai eu mon fils, à 32 semaines de grossesse. Il a lutté pour sa survie pendant de longues journées, voire semaines, et à sa naissance, nous étions dépourvus. Lorsque mes filles sont venues me visiter à l’hôpital, j’ai trouvé important de leur mentionner la possibilité que leur petit frère tant attendu ne puisse peut-être jamais revenir à la maison. Il était trop petit, si minuscule, il était arrivé trop tôt. Laissez-moi vous dire que du haut de ses 3 ans, ma grande a compris mon désarroi. Nous avons pleuré ensemble, elle m’a serrée dans ses petits bras. L’histoire s’est bien terminée pour nous, heureusement.

J’ai ensuite cherché de la documentation pour les aider à assimiler ce qui s’était produit: l’hospitalisation, les besoins particuliers de notre nouveau bébé, sa santé fragile, etc. Sans comprendre la totalité du scénario, elles ont écouté, elles ont regardé, elles ont patienté et elles ont adopté ce petit être qui faisait une entrée remarquée dans leur vie. Le site de Préma-Québec regorge de ressources diverses pour aider à la compréhension des jeunes enfants. Courts livres d’histoires, cahiers à colorier et différents outils sont mis à votre disposition pour expliquer la situation à votre entourage. Une ressource à connaître absolument.

Peu de temps après, un de nos chats a aussi été gravement malade. Banal, vous me direz? J’ai malheureusement dû le faire euthanasier. De retour à la maison, j’ai longuement pleuré (ben oui, je suis sensible de même moi!). Quand mes filles m’ont questionnée, je leur ai dit la vérité: notre chat était désormais au paradis des chats, il était très malade et allait mieux maintenant. Elles ont pleuré avec moi, on s’est consolées. Encore aujourd’hui, mon aînée y repense souvent, elle s’ennuie de son chat noir. Elle avait 2 ans, et parfois la nuit, du haut de ses 5 ans et demi, elle vient me voir pour me dire qu’elle a rêvé au fameux chat noir. Il y a certaines choses qui marquent nos tout-petits plus que d’autres, il faut croire.

Je n’ai jamais compris pourquoi certaines personnes s’entêtent à raconter des mensonges pour embellir la vérité. Ton chien est mort, tes enfants te posent des questions, pourquoi leur dire qu’il s’est enfui, pourquoi entretenir l’espoir de son retour dans leur tête? Ils auront probablement de la peine plus longtemps. Quand cesserez-vous de mettre des œillères à vos enfants? À quel âge seront-ils assez grands, selon vous, pour savoir? Papi est décédé, ne leur dites pas qu’il s’est simplement endormi, ils attendront son réveil trop longtemps. C’est inutile, du moins, je crois.

Je suis peut-être trop drastique dans ma façon d’être. Ou possiblement trop paresseuse pour chercher une belle histoire à raconter pour camoufler la vérité qui fait mal. Il y a de ces situations qui font partie de la vie et c’est ainsi que je veux les partager et faire grandir mes enfants au travers des différentes étapes, aussi difficiles soient-elles. J’en conviens, la vérité peut être perturbante, voire effrayante pour nos rejetons, elle l’est même pour nous. Sachez toutefois qu’ils connaissent déjà le concept de la mort car il est omniprésent à la télévision, dans les films, dans leurs belles histoires de Disney et même dans leurs jeux quotidiens. C’est le cycle naturel de la vie. Et, même si vous cachez des choses à votre enfant, ce dernier ressent la tristesse et le stress que vous vivez, ce qui risque de le rendre anxieux dans son quotidien. Il peut aussi entendre certaines bribes de vos conversations et en tirer sa propre conclusion, ce qui pourrait être plus dangereux encore.

L’important, c’est plutôt d’aider votre petit à cheminer dans la vérité. Une valeur à inculper rapidement si vous ne désirez pas avoir des surprises à votre tour un jour. Les enfants sont sensibles et leurs réactions peuvent être parfois imprévisibles. C’est primordial de les préparer aux durs moments que la vie amène, sans être trop drastique, aborder la maladie lorsqu’il en est question dans un livre ou un film, leur expliquer avec tact et sensibilité que lorsque survient un décès, la personne aimée ne reviendra pas et plutôt miser sur le fait que cette personne sera toujours là pour veiller sur nous et que l’enfant pourra toujours lui parler dans sa tête et penser aux bons moments vécus ensemble.

Encouragez vos petits à vous poser des questions, à s’exprimer sur ces sujets car s’ils sont bien informés, même nos plus jeunes sont aptes à faire face à une situation difficile. Soyez ouverts. Ils doivent d’abord et avant tout nous faire confiance, car sachez que malgré le fait que vous transmettiez de l’information le plus honnêtement du monde, cette information doit tout de même être adaptée à leur âge, à leur maturité, à leur personnalité et à leur développement. On ne se le répétera jamais assez souvent: chaque enfant est différent et chaque étape du développement amène une nouvelle compréhension qui vise à se modifier, à se développer avec le temps et avec les obstacles que la vie met sur notre chemin.

Si certains détails vous manquent concernant une maladie quelconque, n’ayez pas peur d’affirmer que vous ne connaissez pas la réponse et ainsi montrer à vos enfants que même les adultes ne savent pas tout, que personne ne détient la vérité absolue. Certaines choses sont compliquées à comprendre, et ce, pour tous les âges et tous les domaines.

La peur de l’inconnu est aussi un phénomène ayant une répercussion sur les enfants lorsqu’une situation survient au sein d’une famille. Prendre le temps de les rassurer en les informant sur ce qui peut arriver apaisera possiblement cette peur. Lorsque j’ai eu mon fils par césarienne d’urgence, durant 1 mois je n’ai pas pu prendre mes filles dans mes bras, elles qui avaient été habituées autrement avant la naissance de leur frère. Eh bien j’ai dû leur montrer mon bobo, leur expliquer que pour un certain temps maman était malade et moins forte physiquement et que les prendre pouvait être dangereux pour moi, mais qu’en revanche, on pourrait se faire plein de câlins. Malgré leur jeune âge, elles ont compris, à leur manière, les conséquences de cette situation et nous sommes tous passés au travers sans pleurs ni jalousie.

Ici, trois membres proches de notre famille ont dû combattre un cancer. Seulement deux l’ont vaincu, dont une petite cousine de 6 ans à cette époque. Sans qu’ils ne saisissent toute l’ampleur de cette maladie, nous avons tout de même expliqué à nos enfants qu’avec les traitements qui sont très forts, les cheveux des personnes malades allaient tomber, qu’elles allaient maigrir, que dans la maladie il pouvait y avoir des hauts et des bas, mais qu’il ne fallait jamais désespérer. Nous leur avons expliqué que, si les gens partaient des suites du cancer, il fallait se dire que c’était mieux pour eux, qu’enfin ils auraient retrouvé la paix intérieur et qu’ils seraient allés au bout de leur bataille. Garder la tête haute et rester positif. Je vous mentirais en disant que les enfants ont tout saisi. Mon fils a même eu un choc en voyant sa marraine sans poil sur le caillou. Ça lui a pris un certain temps pour s’habituer, mais plusieurs périodes de discussions entre nous plus tard, c’était déjà chose du passé.

Votre rôle dans la maladie est aussi de partager votre savoir. Informer sur les traitements possibles, la guérison, la durée de la maladie, l’hôpital, le centre qui prendra soin de la personne malade, l’environnement médical, les médecins, les infirmiers, les effets secondaires de la médication, la fatigue, les restrictions, les symptômes physiques et psychologiques, etc. Mais aussi questionner vos enfants sur leurs émotions et leurs sentiments face à tout cela, leur demander ce qu’ils en comprennent, reprendre les discussions, etc.

Ensuite, que ce soit dans la mort ou la maladie, donner le choix à l’enfant de visiter ou non la personne à l’hôpital ou encore de vous accompagner au salon funéraire. À cette étape, l’écoute est primordiale. Inutile de le traumatiser à un si jeune âge. Mon fils a bien voulu aller voir son arrière-grand-mère au centre palliatif, tandis que les filles n’y démontraient aucun intérêt. L’âge fait vraiment une différence: lui est plus jeune; elles sont plus vieilles et comprennent plus, selon moi. Je n’y suis pas allée non plus. Je ne croyais pas que c’était ma place et je préférais conserver un souvenir plus joyeux de cette dame que j’ai côtoyée durant plus de vingt ans.

Maladie

Aux funérailles, malgré les demandes de ma belle-famille, nous avons décidé, mon conjoint et moi, de ne pas emmener les enfants au salon funéraire. Trop long pour eux, et impossible pour nous de nous concentrer si nous devons les surveiller. J’ai soutenu mon amoureux et l’ai accompagné durant une journée. Le lendemain, je l’ai laissé se recueillir seul avec ses proches. Nous avons toutefois emmené nos enfants à l’enterrement, à l’église, à la cérémonie de fermeture du cercueil et au repas familial afin de leur permettre de faire leurs adieux à la personne décédée et aussi de rencontrer des membres de la famille éloignée. Jamais nous ne les avons forcés à s’approcher du cercueil. Nous avons écouté leurs choix et avons respecté leurs limites. Nos filles ont pleuré, ce qui est tout à fait normal. Chacun de mes trois enfants a même déposé une rose sur le cercueil avant que celui-ci ne soit recouvert. Une belle cérémonie, un souvenir agréable, une nouvelle vision de la mort.

Il y a de nombreux livres disponibles en librairie ou à votre bibliothèque locale qui traitent de thèmes tels que la mort ou la maladie. Ces documents vous permettent d’illustrer vos propos pour une meilleure compréhension et selon le groupe d’âge de vos bambins. Cela restera toujours un sujet plus que délicat et chacun trouvera sa méthode pour s’exprimer. Il faut être à l’aise avec la situation afin d’être en mesure de bien l’expliquer à nos enfants. Une bonne respiration, et on se lance. Il n’y en aura pas de facile, mais sachez que vos enfants voient votre douleur même si vous la cachez au plus profond, qu’ils ressentent votre tristesse, votre peine, votre anxiété. Quoi de mieux que de s’ouvrir à eux pour une confiance mutuelle et ainsi les faire cheminer, eux aussi. Les mettre de côté, les laisser dans le doute et le secret n’est pas leur rendre service, croyez-moi. Ils s’inquiéteront beaucoup trop et tout cela prendra alors une ampleur que vous ne désirez pas. Les spécialistes vous suggèrent fortement de les informer lorsqu’un parent ou un membre de la famille proche reçoit un diagnostic de maladie sérieuse, et ce, peu importe ce qu’il adviendra des suites de cette maladie. De cette façon, les enfants se sentent plus rassurés et seront reconnaissants que vous les traitiez comme des grands.

Crédit photo : Des obsèques (photo 1),  Les Mots du deuil (photo 2) et Hellocoton (photo 3).

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