Lettre ouverte à l’école de ma fille !

LA décision que je redoutais le plus au monde vient officiellement de tomber: ma fille sera transférée d’école pour l’année scolaire 2017-2018. Après avoir navigué en eaux troubles pendant un peu plus d’un an dans une école alternative qui n’était pas du tout adaptée à ses conditions particulières (TDA/H, anxiété, etc.), après avoir essayé de rebâtir au meilleur de ses connaissances, et non pas sans effort, ses fondations pendant un peu plus de 3 ans, ma fille va devoir bouleverser à nouveau son quotidien, accepter LA décision de la commission scolaire et changer d’école pour la troisième fois. Et pour quelle raison ? Parce qu’il y a eu TROP d’inscriptions pour l’année scolaire 2017-2018. C’est aussi simple que cela.

[NOTE : Pour vous aider à suivre, et comme je ne veux nommer aucune école ou commission scolaire, voici une légende:

École A: L’école que ma fille fréquente depuis maintenant 2 ans.
École B: L’école dans laquelle on veut envoyer ma fille.]

Ma première réaction de maman TDA/H : brailler toutes les larmes de mon corps – trop, c’est comme pas assez. La seconde : faire sortir le méchant. La troisième : exploser, contacter la directrice de l’école de ma fille et LE PROTECTEUR DE L’ÉLÈVE pour expliquer notre réalité et essayer de faire renverser la décision – un processus habituellement long et ardu. Mais entre cela, j’ai un peu (pas beaucoup là) monté le ton : vous me niaisez ou quoi ? Ma fille s’en va en 3e année l’an prochain. Si un nouvel enfant s’inscrit en 3e année, c’est qu’il:

  1. Vient de déménager, donc n’a aucun attachement, repère, etc. avec sa future nouvelle école.
  2. Désire un changement d’école, donc n’a aucun attachement, repère, etc. avec sa future nouvelle école.

Et au final, ma dernière réaction a été d’appeler quelques amies pour en discuter, ventiler et prendre des conseils. Résultat ? J’ai écrit cet article il y a maintenant plusieurs mois. Pourquoi ? Pour vous parler de MA réalité et de MES craintes, mais également pour essayer de démêler la situation – mes émotions ont souvent le dessus sur mes actes et finissent par tout contrôler. Je suis une maman TDA/H impulsive, mais maintenant, j’en suis consciente, donc j’arrive à mieux balancer mes réactions.

Mon questionnement

Par quelle logique invraisemblable une enfant devrait accepter d’être relocalisée alors qu’elle progresse au niveau scolaire, qu’elle n’a aucun problème de comportement, qu’elle se sent (enfin) bien et qu’elle est à l’aise dans son école de quartier, qu’elle connaît tous les membres du personnel ainsi que tous les professionnels de son école, qu’elle a confiance en eux, qu’elle… ? Pouvez-vous m’expliquer votre super raisonnement ? J’aimerais vraiment comprendre en quoi un nouvel élève, qui devra de toute manière changer d’école d’ici 2 ans au maximum pour terminer son primaire à l’école B – celle où vous voulez envoyer ma fille – ne pourrait tout simplement pas se joindre à cette école dès maintenant ?!

Soyez cet enfant pour une fois

Maintenant, mettez-vous dans la peau d’une enfant de presque 9 ans qui a un TDA/H et pour qui l’anxiété n’est pas qu’un simple mot parmi tant d’autres. Ajoutez à cela quelques difficultés d’apprentissage ainsi qu’un petit soupçon de dyslexie et de dysorthographie – ça reste à confirmer, mais nos chances de remporter le gros lot à la loterie sont excellentes.

Expliquez-lui maintenant qu’elle devra changer d’école, mais qu’elle n’a rien à se reprocher: «Ce n’est pas de ta faute ma chérie, ce n’est qu’une simple décision administrative parmi tant d’autres.» Que même si elle a dû travailler en double, et parfois même en triple, et jusqu’à des heures inimaginables pour espérer rattraper « les autres », elle devra quand même changer d’école et tout recommencer. Expliquez-lui aussi qu’en plus de changer d’école et de perdre ses repères, elle va devoir raconter à nouveau « son histoire », et à de nouvelles personnes en plus, vivre le dépaysement, le changement de routine et les nouvelles personnes. NOT !

Saviez-vous que le changement de routine chez une enfant comme la mienne est très problématique ? Saviez-vous qu’à cause d’une décision administrative cartésienne, vous pourriez nuire au cheminement scolaire de mon enfant, faire augmenter son niveau d’anxiété et dupliquer ses difficultés ? Saviez-vous que… J’imagine que non, car sinon vous ne pourriez sans doute pas rendre ce genre de décision dans un délai aussi limité – à la légère. Tout cela est RI-DI-CU-LE, et je pèse chacune de ces syllabes.

Mon enfant n’est qu’un numéro !

J’ai l’impression que la commission scolaire de ma ville se fout littéralement de mon enfant, et c’est vraiment dommage. Pour le « fun », j’ai fait un test : j’ai entré l’adresse d’une amie de ma fille dans un logiciel pour trouver son école de quartier, et devinez quoi ? On lui propose les mêmes 3 choix d’école que nous et pourtant, elle n’habite qu’à 700 m de l’école A alors que nous, on habite à 3,2 km de distance. Ben voyons donc ! En agissant ainsi, la CSD… semble vouloir se protéger des parents et conserver une certaine liberté de « mouvement ». Mais pour quelle raison ? Dans mon temps, alors que j’habitais Montréal, nous ne pouvions fréquenter qu’une seule école de quartier. De la maternelle à la 6e année, je n’ai fréquenté qu’une seule et unique école. Vous imaginez !? À cette époque, les seules raisons valables pour demander une dérogation étaient le déménagement et l’intimidation. Pourquoi continuellement chercher à se réinventer ? On ne change pas une formule gagnante !

Ajoutons un peu de ridicule à ce changement d’école

Ce qui est encore plus choquant, c’est qu’on me confirme que ma fille est prioritaire sur la liste des élèves à devoir demeurer à l’école A: elle est numéro 1 sur la fameuse liste des exclus. WOW, mais quelle faveur… Pour l’instant, l’école A ne peut rien faire pour nous, car elle doit attendre de savoir si « l’élève chanceux », celui qui conserve présentement sa place à l’école A alors que son déménagement est prévu pour juin ou septembre prochain, débutera sa 3e année à l’école A. Avouez que c’est encore plus choquant, non ?! Ma réaction suite à cette annonce ? Donc vous êtes en train de me dire que ma fille devra sans doute vivre tout ce stress inutilement ? WOW, mais c’est vraiment génial ! Vous rendez-vous compte des impacts ? Comment suis-je censée apprendre à ma fille qu’elle n’est, en réalité, qu’un simple numéro parmi tant d’autres alors que ça fait presque 9 ans qu’on lui répète qu’elle est unique: elle a un nom, une âme, des émotions, etc. ?! COMMENT ? Pensez-vous réellement qu’un enfant mérite d’être « barouetté » d’un bord, pis de l’autre, comme ça ? Pour vrai ?! Dites-moi que c’est une erreur ?!

école

Les conséquences d’une telle décision

  • Devoir changer d’école et accepter le changement.
  • Perdre ses repères.
  • Changer sa routine.
  • Faire augmenter inutilement son anxiété
  • Créer de nouveaux liens, autant avec des adultes qu’avec des enfants.
  • S’habituer à un nouvel environnement physique (visuel et sonore).
  • Devoir recommencer du début sur plusieurs (trop de) plans.
  • Et j’en passe.

Pouvez-vous me garantir que tout ira bien ? Que ferez-vous si, au contraire, elle s’enfonce ? Pourquoi risquer de déstabiliser un enfant qui « va bien » pour une question géographique ?! Pourquoi ?!

La situation présentement

En date d’aujourd’hui, ma fille n’a aucun problème de comportement, elle a quelques lacunes en français et en mathématique, mais elle fait de beaux progrès et elle est bien encadrée. Elle a également un très beau et large réseau social, en plus d’être serviable et épanouie – ma fille est heureuse. Si une telle décision la « brise », et que son comportement change, vous aurez assurément de mes nouvelles, et ça, je peux vous le garantir !

P.S. À tous ceux qui, comme nous, ne sont pas exceptionnels, mais qui vivent la même situation que nous, je vous fais un câlin virtuel – je sais maintenant que ce n’est pas évident. xxx

Mais que voulez-vous, notre système pédagogique fait pitié ! J’ai honte !

En terminant, voici mon conseil: aussi désagréable soit-elle, cette situation pourrait un jour être VOTRE réalité, donc profitez de ma mésaventure pour vous outiller. Il vaut mieux prévenir que guérir. 😉

Cet article a été écrit en juin 2017 et tempéré par l’auteure en septembre 2017. Quelques jours après l’écriture de cet article, en juin dernier, nous avons reçu l’appel tant attendu: ma fille allait pouvoir rester à son école… pour cette année. Mais est-ce vraiment une chance ? L’avenir saura nous le dire.

Pour en savoir un peu plus sur notre histoire personnelle et nos défis, cliquez ici.

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Je suis Mélanie Little, la personne (depuis 1982), la mère (depuis 2008), l'épouse (depuis 1999) et la fondatrice/rédactrice en chef de Mamans avec opinions (depuis 2015) - celle à l'origine de ce beau projet. Éducatrice spécialisée de formation, j'ai une attirance pour tout ce qui touche, de près ou de loin, à la communication, à l'écoute et à la relation d'aide. Je suis celle que vous risquez de voir prendre la parole lorsque vient le temps de défendre une injustice ou de soutenir une cause. Mais je suis également celle qui aime papoter, lire, écrire et jouer à des jeux de société. Simple, accessible et très sociable, j'entre facilement en interaction avec "les autres".

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