Tire-allaitement (partie 2)

Mon bébé n’avait que trois semaines, je tentais de récupérer de la césarienne tout en apprenant à devenir une pro du tire-allaitement. Eh oui, c’est bien le terme à utiliser ! Durant cette période difficile, j’ai eu la chance de bénéficier du soutien de ma belle-sœur qui s’est improvisée « marraine du tire-allaitement ». Elle m’a montré comment stériliser les biberons et les pièces du tire-lait, fourni un soutien-gorge double pour tirer les deux seins en même temps (quelle économie de temps !) et conseillée pour l’achat d’un tire-lait. Elle m’a même fourni du lait maternel congelé, ce qui m’a permis de faire la transition du sein au biberon en me constituant une petite réserve de départ. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans elle. Nous devions enrichir mon lait avec de la formule et des microlipides à raison de 30 kcal/oz, de la crème tout simplement. Malgré tous ces efforts, Lou éprouvait toujours de la difficulté à boire de grandes quantités à la fois, il se fatiguait de plus en plus. Je persévérais, j’apprenais la résilience tout en remplissant mon gros congélateur de lait maternel en prévision du futur.  

Tire-allaitement
Crédit photo : Freepik.com

Le gavage

Lorsque Lou a eu deux mois, sa prise de poids était toujours alarmante. Il a donc été hospitalisé durant une semaine afin de commencer un gavage. S’il ne prenait pas assez de poids en quelques jours, nous allions devoir passer en chirurgie. Je suis restée toute la semaine avec lui à l’hôpital, apprenant auprès des infirmières la procédure à suivre. Heureusement, il a bien supporté l’alimentation entérale (gavage) et nous sommes retournés à la maison.

Gavage
Crédit photo : archives personnelles d’Andréane Tardif

Lou devait recevoir huit gavages par période de 24 heures, ce qui veut dire que je devais suivre rigoureusement la même routine toutes les trois heures, et ce, jour et nuit. L’ensemble de mes actions était orienté autour de son alimentation : tirer mon lait, l’enrichir, donner le biberon, démarrer le gavage, faire faire le rot et stériliser le matériel. Je gardais aussi bébé au sein chaque matin (je n’avais le droit qu’à une seule fois par jour pour ne pas le fatiguer) tout en chérissant l’espoir de pouvoir un jour le remettre au sein. C’était littéralement comme si mon conjoint et moi avions des quadruplés : bébé 1 au sein, bébé 2 au biberon, bébé 3 au tire-lait et bébé 4 au gavage. J’avais environ cinq minutes de libres par période de trois heures, et ça recommençait. Par ailleurs, le gavage n’était pas toujours bien toléré et Lou se réveillait souvent en vomissant dans son lit. J’avais horreur d’entendre ce bruit de « gag » qui me tirait de mon lit aux petites heures du matin. Malgré le fait que mon conjoint faisait le « shift » de nuit, de minuit à 5 h du matin, je devais quand même me lever durant cette période pour tirer mon lait. Ainsi, je n’ai pratiquement pas dormi durant les cinq premiers mois. De plus, j’ai ressenti pendant plusieurs mois une grande douleur chaque fois que je tirais mon lait (j’ai consulté plus tard un dermatologue qui m’a diagnostiqué une irritation importante aux mamelons due à la fréquence du tire-allaitement). J’avais de la difficulté à manger deux repas par jour et à prendre ma douche une fois par semaine. Mais nous gardions le cap, pour donner à Lou toutes les chances possibles de prendre du poids avant la chirurgie, qui devenait inévitable.

La chirurgie

Lou a été opéré le 5 septembre 2017 alors qu’il avait presque cinq mois. L’objectif de la chirurgie à cœur ouvert était de refermer le trou entre les deux ventricules. Cette date restera à jamais gravée dans notre mémoire. Nous sommes restés durant sept longues heures dans l’attente, sans aucune nouvelle, à espérer sa survie et l’absence de complication à la suite de l’opération. Le chirurgien et l’ensemble de l’équipe de Ste-Justine ont été très professionnels et compétents. Nous leur en sommes extrêmement reconnaissants. Lou a été hospitalisé durant une semaine aux soins intensifs, et à l’étage par la suite. Il est surprenant de voir à quelle vitesse les bébés récupèrent d’une opération majeure comme celle-ci. En effet, Lou se retournait déjà sur le ventre par lui-même sept jours à peine après l’opération. Après la convalescence de six semaines, les médicaments, le gavage et l’enrichissement du lait maternel ont enfin pu être cessés.

Le retour à l’allaitement après la chirurgie : l’inaccessible étoile ?

Lorsque Lou a eu six mois, nous avons été libérés de la cardiologie et des suivis nutritionnels intensifs de Ste-Justine. J’étais enfin autorisée à remettre bébé au sein. Nous avions un bébé NORMAL pour la première fois. Normal, du point de vue cardiaque seulement. Je devais cependant continuer le tire-allaitement, car Lou refusait le sein depuis plusieurs semaines déjà. Mon bébé, qui était jadis un professionnel de l’allaitement, avait complètement perdu son réflexe de succion. Il hurlait tellement fort lorsque je lui proposais le sein que ça me déchirait le cœur. De retour à la maison, je me sentais isolée: qui allait m’aider à reprendre l’allaitement au sein ? Gardant espoir, nous nous sommes démenés pour trouver les ressources appropriées en allaitement. J’ai fait appel à la ligue de la Leche, le CLSC, la pédiatre et la clinique d’allaitement de l’hôpital général juif. J’avais l’impression d’être à leurs yeux une extraterrestre sortie de nulle part qui s’acharnait à allaiter son bébé. Même la consultante en lactation m’a semblé être prise au dépourvu par mon histoire. Elle m’a félicitée pour ma persévérance et m’a suggéré de continuer à tirer mon lait. J’aurais préféré recevoir des conseils pour remettre bébé au sein plutôt que des louanges. Nous avons été déçus, car chaque tentative ne fonctionnait pas. Notre entourage avait tenu pour acquis que nous pourrions remettre bébé au sein, mais rien ne semblait fonctionner, à mon grand désarroi. 

Tire-allaitement 2
Crédit photo : Freepik.com

La persévérance

Il faut se l’avouer, tirer son lait à temps plein n’a rien de plaisant : ça fait mal, ça facilite l’engorgement, ça prend deux fois plus de temps que donner le sein ou la formule et ça peut être limitant socialement. Si nous avons encore du chemin à faire comme société afin de normaliser l’allaitement maternel en public, il y a encore beaucoup plus à franchir pour le tire-allaitement. J’ai rapidement décidé que je n’allais pas m’empêcher de sortir malgré cela. J’ai tiré mon lait un peu partout dans les lieux publics tels que la voiture, le parc, l’université, le théâtre, la plage, le bateau, l’avion, les soirées de danse sociale, les restaurants et les bars. Je relevais ces défis un jour à la fois. Ça me fait toujours sourire, encore aujourd’hui, lorsqu’on me demande combien de temps je vais allaiter (ou tire-allaiter, devrais-je dire). Je réponds chaque fois la même chose : je vais le faire cette semaine, et après on verra.

Dans toute situation difficile, nous avons l’option de mettre de l’avant les côtés positifs. Grâce à ma persévérance à faire du tire-allaitement, mon bébé a pu bénéficier de mon lait maternel pendant plus d’un an avec tous les avantages qu’il présente pour la santé. En plus de Lou, plusieurs petits bébés prématurés d’Héma-Québec ont pu bénéficier de mon « or blanc » comme on l’appelle (j’ai donné l’équivalent de plus de 300 boires, j’en suis très fière). À l’aide de ma gigantesque réserve de lait congelé, Lou n’a bu que mon lait maternel à la garderie entre 9 et 12 mois. Il partait en effet chaque matin avec son petit sac contenant plus de 500 ml de mon lait.

Remerciements

Je n’aurais pas réussi à passer à travers cette année éprouvante sans l’aide de mon entourage. MERCI d’abord à mon p’tit Lou, qui est toujours resté calme et patient lorsque je l’installais à mes côtés durant mes longues séances de tire-allaitement plutôt que de le bercer dans mes bras. Merci à mon conjoint et père de Lou qui a vécu de nombreuses nuits blanches malgré son travail de jour afin de s’occuper du gavage et qui a appris à réinstaller le tube de gavage lorsque bébé tirait dessus. Il m’a toujours soutenue dans ma décision de poursuivre le tire-allaitement, même dans les moments les plus difficiles. Merci à ma belle-mère, qui est venue me visiter pratiquement tous les jours pendant les premiers mois, m’aidant avec les soins du bébé, le gavage, l’installation du tube et la stérilisation des biberons. Mes parents et mes sœurs, qui habitent à Québec, sont venus me visiter à plusieurs reprises à Montréal. J’ai beaucoup apprécié l’aide de ma mère, qui s’est occupée de moi et de mon appartement avec son cœur gros comme le ciel. Elle allait au-devant de mes besoins afin que je puisse me consacrer entièrement aux soins de mon bébé pendant que mon père réparait tout ce qu’il touchait. Ma grande sœur prenait toujours le temps de m’écouter et de me conseiller quand je l’appelais plusieurs fois par semaine. Elle m’a hébergée à plusieurs reprises lorsque j’avais besoin de me retrouver entourée de ma famille. Merci à ma belle-sœur et à ma collègue de travail qui ont été mes deux marraines d’allaitement. Merci à nos amis qui sont venus nous aider à l’hôpital et à la maison pour que nous puissions nous reposer quelques heures et manger un bon repas chaud. Merci à mon employeur qui m’a permis de prolonger mon congé de maternité afin de me reposer et de reprendre des forces. Et bien entendu, merci à toute l’équipe de professionnels de la santé de Ste-Justine qui ont soigné et guéri notre petit Lou.

Mon allaitement en bref :

Allaitement exclusif au sein durant trois semaines

Gavage durant quatre mois avec lait maternel enrichi de formule et microlipides

Tire-allaitement durant 13 mois (et plus, je le fais toujours !)

Andréane Tardif

Pour en savoir un peu plus sur l’allaitement, cliquez ici.
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