Cannabis légal : un souci parental

Depuis le 17 octobre 2018, la consommation de cannabis est légale au Canada.  Big deal? Je ne sais pas… Je regarde les documentaires, j’écoute les experts, certains avis sont favorables… Je me dis que le gouvernement est composé de gens intelligents, que les raisons doivent être valables, mais malgré cela, quelque chose doit m’échapper, parce qu’en tant que maman d’adolescents, je trouve ça inquiétant.

Y’a rien là

Il y a quelques semaines, ma fille était invitée dans un party de sous-sol.  15 ans, une bonne fille, belle comme le ciel, une tête sur les épaules, du jugement… Pour la forme, je lui pose quelques questions d’usage, du genre: « Qui sera là?  Y aura t-il des parents?, bla bla bla… » Elle me donne les réponses que je veux entendre, celles qui me rassurent.

cannabis
Crédit photo : Pixabay

En tant que chauffeuse de taxi du samedi soir, on s’entend, j’irai la chercher à minuit.  Tout juste avant de quitter la maison, elle me demande si on peut s’arrêter au dépanneur pour lui acheter de la bière. « Ben non, voyons! » est la réponse spontanée que je m’apprête à lui donner lorsqu’elle renchérit en me confiant que tous les parents disent oui et que tout le monde apporte de la bière; y’a rien là. Rapidement, je me dis que si je ne lui permets pas, elle acceptera l’offre de ses amis, sans souci. Avec une poussière de malaise sur le coeur, je lui offre donc d’en prendre deux au frigo, elle en négocie trois. Tape dans le dos, j’suis une mère cool!

À notre arrivée à destination, je reconnais quelques parents dans leur voiture… Et oui, tous les jeunes que je vois ont effectivement un six pack en main…  Des phrases telles que: « J’ai une bonne fille, j’ai une bonne fille, elle a du jugement, elle ne fera pas de folie… » martèlent mes pensées. Je salue un père de la main et souris à une mère.  Ils semblent bien à l’aise. Je respire en me rappelant que, moi aussi, à 15 ans, je buvais de la bière dans les party de sous-sol et pas mal plus que trois… Tout va bien aller.  Ma fille a raison, ce n’est pas un produit issu du crime organisé, y’a rien là.

Puis, j’arrive à la maison et à la télé, on parle encore de la légalisation du cannabis.  La première question que je me pose: « Si les parents sont si à l’aise pour acheter de l’alcool à leurs enfants de 15 ans, en feront-ils autant avec le pot? »  Le jour où ma fille me demandera d’arrêter à la SQDC pour lui en acheter, en me confiant que tout le monde en prend, y’a rien là, est-ce que je céderai?

Mon débat intérieur face au cannabis

L’alcool est un produit légal non issu du crime organisé.  Avec la conscience tranquille, bien avant qu’ils aient l’âge légal, on offre un petit verre de vin à nos ados à Noël, on partage une bière devant le Superbowl… Moi la première. Quelques exceptions ici et là, mais l’alcool… Y’a rien là.

Le cannabis est maintenant aussi un produit légal, ça ne relève plus du crime organisé. Alors, suivant la même logique, dans la mesure où j’accompagne mon ado, que je lui prodigue quelques conseils préventifs, que je l’encadre, est-ce que je lui permettrai d’en consommer, comme je le fais pour l’alcool à l’occasion?  Tape dans le front, je ne me sens plus aussi cool

Je sais, je sais… les «pro-pot» diront que l’alcool est plus nocif que le cannabis. Ils ont possiblement raison, mais mon éducation, mes mœurs, mon ignorance peut-être, m’empêchent de n’y voir que du feu.

Sachant que chez les moins de 19 ans, on note la plus importante croissance de consommation d’antidépresseurs au cours des dernières années, que la proportion de maladies mentales dans cette même tranche d’âge augmente aussi à un rythme effarant, que la partie du cerveau responsable du jugement n’est pleinement développée qu’au début de la vingtaine…  Connaissant la pression que subissent nos jeunes à toutes sortes d’égards, leur peur du jugement, leur besoin d’être accepté par leurs pairs… Étant au fait que les parents sont souvent débordés pour bien encadrer, qu’ils sont trop épuisés pour discuter, qu’il est si tentant d’acheter la paix pour éviter un conflit quand tu ne vois tes enfants qu’une semaine sur deux… Tape sur le coeur, ça me serre en dedans, ça me fait peur…

Et je suis au courant… Il paraîtrait que l’alcool est plus nocif que le cannabis, o.k. J’veux bien… Mais l’alcool, ça reste de l’alcool… la majorité des buveurs en consomment en quantité modérée, parfois juste un verre, avec l’intention première d’accompagner le souper… Juste pour le goût, sans que ton cerveau devienne mou. Tu peux en mettre dans une recette, juste pour le goût, pas pour le buzz. Bien sûr, tu peux en prendre en plus grande quantité, c’est dangereux certes, mais l’alcool, ça reste un produit contrôlé. En est-il de même pour le cannabis? Tu connais quelqu’un qui prend ça juste pour le goût? Même les petits consommateurs, quand ils en prennent, c’est pour le buzz… Que tu le prennes sous forme de joint, de comprimé ou dans un gâteau, c’est pour jouer des tours à ton cerveau… Pas juste pour accompagner le souper parce que les saveurs se marient bien. Entre un verre de vin pour le goût et un petit joint pour le buzz, il y a une intention que le consommateur garde floue… Encore tabou.

Moi, mon jeune, s’il est aux prises avec un problème de santé mentale, s’il est gêné, s’il craint le jugement des autres, j’ai peur du bien-être que le cannabis pourrait lui procurer. Il en prendrait une fois de temps en temps, pour le buzz, puis peut-être de plus en plus souvent… mais contrairement à l’alcool, quand le cannabis ne suffit plus, il y a autre chose. Si un jour, le petit joint n’est plus aussi réconfortant, voudra-t-il essayer une autre substance? Plus dure, plus forte, non contrôlée… Juste une fois, y’a rien là?  O.k. Je capote, je sais…

Quand mes enfants vont chez leurs amis, il arrive qu’ils se fassent offrir une bière, c’est correct, je fais pareil quand ils viennent chez moi. Chez ces mêmes amis, certains parents fument leur petit joint, le weekend, comme moi qui prends mon verre de vin.  Je n’ai pas de problème avec ça, mais est-ce que ces mêmes parents permettront à leurs jeunes de fumer du pot à leur tour? Est-ce qu’ils en offriront à mes ados comme ils le font pour la petite bière? Est-ce qu’ils procureront du pot à leurs enfants pour le prochain party de sous-sol parce que, pour eux, y’a rien là?

Soupir de soulagement… pour l’instant!

Je remets ma casquette de chauffeuse de taxi du samedi pour aller chercher ma fille à son party. Minuit pile poil, tel que convenu, elle entre dans la voiture.  Elle rapporte une bière, elle n’en a bu que deux en cinq heures… J’ai une maudite bonne fille, avec une tête sur les épaules, du jugement… On discute de sa soirée. Elle a rencontré le beau Thomas, ses yeux pétillent… Comme plusieurs autres jeunes, il était gelé, mais elle, elle n’a pas voulu essayer, elle n’a pas osé… Je suis chanceuse, j’ai une maudite bonne fille.  Et puis, au feu de circulation, elle me l’a demandé : « Maman, quand ce sera légal, comme l’alcool, est-ce que tu pourras m’en acheter? Juste pour essayer, juste une fois, comme Thomas?… Y’a rien là »…

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Révision: Élaine Sylvestre

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