Parler de sexe ou d’hockey avec mon ado…

Il y a quelques années à peine, tu grimaçais avec les paupières bien fermées en nous voyant nous embrasser ton père et moi. Des « c’est dégeux le sexe », tu en répétais à la chaîne avec ta petite voix d’ange.  Puis, plus rapidement que poussent les champignons, je t’ai vu ouvrir l’oeil sur un écran qui ne filtre aucun tabou, sur les filles qui te font des yeux doux… Récemment, mon souffle s’est coupé quand je t’ai aperçu, à l’autre bout de la rue, embrasser la p’tite Lili avec tes mains sur ses fesses. Ce soir-là, j’ai essayé subtilement d’ouvrir la discussion mais toi, illico, tu t’es refermé avec tes « m’man, j’veux pas parler de sexe » et tes « m’man j’pas rendu là ». Je n’ai pas envie de te parler de sexe non plus, je me sens bien malhabile, mais on va se dire les vraies affaires mon gars, oui, t’es rendu là!

sexe
Crédit photo: Pixabay

Comment m’y prendre? Je sais mon grand que tu penses que je ne connais rien, que dans mon temps c’était différent, que je ne te comprends pas parce que je n’ai jamais vécu ça… Si tu savais… On ne montre pas à un vieux singe à faire la grimace… L’adolescence au fil des ans n’a pas tant changé. À 16 ans, on rêve tous d’amour et de liberté, mais tu as raison, il y a quelque chose dans notre perception de la sexualité qui a effectivement évolué. 1-0 pour toi.

Oui, d’accord, notre perception du sexe a évolué

Avec l’avènement des médias sociaux, des Youtube de ce monde, du mouvement #metoo et tout le reste, ce n’est plus la même game. La dernière fois que j’ai abordé le sujet du sexe, tu t’es fâché en me disant que vous en aviez parlé à l’école et que tu savais « tout ça ».  Comprends-moi bien, ce n’est pas de comment enfiler un condom, des risques d’I.T.S. ou de grossesse que je veux te jaser. Les choses mécaniques, celles qui n’ont rien de romantique, ne sont pas celles qui émiettent le coeur. Savoir mettre un condom, c’est mécanique.  Choisir de le mettre parce qu’on veut que tout se passe bien, parce que c’est une preuve de respect, ça c’est romantique. Pour comprendre le consentement et vivre des expériences positives, il y a des habiletés de lecture qu’il faut apprendre à maîtriser et ce ne sont pas les vidéos ou les exploits de tes chums de gars qui vont t’amener vers ça.

Qu’elle soit une simple « freq » ou une relation plus sérieuse, apprends à lire la femme en devenir qui se trouve entre tes bras. Tout ce que tu fais pour elle (et pour toi), même si elle n’est que de court passage dans ta vie, déterminera la femme qu’elle deviendra et le souvenir qu’elle gardera de toi. Imagine si c’était ta soeur qui était dans les bras d’un de tes chums… Tu voudrais qu’il fasse attention à elle, qu’il la comprenne et la respecte.  Pour ça mon gars, tu dois apprendre à lire. Et je sais, tu n’as jamais aimé lire, mais console-toi, la sexualité, c’est un peu comme un match de hockey. Maintenant que j’ai ton attention, jasons.

Comparons le sexe au hockey

D’abord, en prenant pour acquis qu’on a les bons joueurs, on prend le temps d’analyser le jeu. On regarde les matchs précédents, on comprend les jeux, les passes. On se prépare parce qu’on veut être le meilleur joueur. Avec la petite blonde aux yeux bleus, c’est la même chose. Prends le temps de la regarder dans les yeux… Longtemps. Analyse sa réaction. Si elle plonge son regard dans le tien, qu’elle le maintient, c’est le signe qu’elle veut aller plus loin. Si elle détourne les yeux, peut-être se sent-elle intimidée? Analyse le « jeu ». Peut-être qu’en évitant de te regarder, elle souhaite que tu ne puisses pas lire en elle les hésitations parce qu’elle a peur que tu sois déçu, que tu insistes avec un « come on », que tu exprimes un « y’a rien là » et qu’elle n’ose pas te dire non… Dans le doute, arrête, considère ta partenaire, ne sois pas le « mangeux de puck ». Un peu comme une boussole qui indique la direction à prendre, son regard te fera comprendre si elle est prête à aller plus loin. Regarde-la longtemps… Souvent… Comprends.

Une fois l’analyse du match faite, les joueurs prennent le temps de pratiquer de nouveaux jeux. Ils essaient, analysent à nouveau, prennent leur temps, essaient d’autres trucs… Même chose avec la grande brunette aux yeux noisette. Quand vous vous embrasserez, sois attentionné. Apprends à lire les baisers. Embrasse doucement, lentement… Si elle avance le visage vers toi, qu’elle te présente ses lèvres, qu’elle ferme les paupières comme un signe d’abandon, comme pour permettre de faire abstraction de ce qui vous entoure, tu devineras qu’elle se sent bien, qu’elle sait qu’elle fait la bonne affaire. Savoure ce moment. Au contraire, si tu sens qu’elle recule la tête, qu’elle ne t’embrasse que du bout des lèvres, n’insiste pas. Prends le temps de la lire, peut-être qu’elle ne le fait que pour te faire plaisir.

Et puis, le match le plus important arrive. Sur la glace, les joueurs se regardent, se font des signes, se parlent, sont attentifs à la réaction des coéquipiers. Même si la rouquine semble à l’aise de jouer les coquines, comprends ses mouvements. Sous l’emprise de tes caresses, si tu sens ses mains immobiles, si son corps devient tendu, c’est peut-être un signe qu’elle est figée en dedans. Prends ton temps. Pose-toi des questions et si la lecture semble floue, chuchote-lui un « ça va? ». Au besoin, rappelle-toi que même les plus grands joueurs retournent parfois sur le banc. Et peu importe l’issu, rappelle-toi aussi que les joueurs ne dévoilent jamais leur jeu… Assurément, ils y seraient perdants. Ne raconte pas tout, ne texte pas à tes chums au risque de démolir l’autre… Tu y gagnerais quoi? Vraiment…

Tu sais au hockey, on ne passe pas notre temps à parler des bâtons ou des risques de blessures, un peu comme le condom et les I.T.S., on le sait déjà et c’est pour ça que je t’en ai mis une boîte dans ton tiroir, sans rien dire. Je sais que vous en avez parlé à l’école. Toutefois, ce qui crée le plus beau des sentiments, la plus valorisante des victoires, la plus grande des satisfactions et la plus belle chimie dans une équipe, c’est le temps qu’on prend à connaître ses partenaires, les revers et les étapes qu’on franchit une à une ensemble. Immanquablement, celles-là, sont les équipes qui scorent!

Si on se souvient encore aujourd’hui de Jean Béliveau comme étant l’homme le plus respecté de l’histoire du hockey, c’est parce qu’il considérait ses partenaires, il prenait le temps de lire le jeu et cela lui a permis d’être le meilleur compteur de son époque. Et toi mon fils? Tu es bien de ton temps et tu es un joueur ambitieux… Quand tu reverras ces filles aux retrouvailles dans dix ou vingt ans, voudras-tu qu’elles se souviennent de toi comme le « mangeux de puck » ou comme le joueur de hockey le plus class de tous les temps?

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Révision : Karine Perreault

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